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Que faire si votre enfant bégaie ?

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Que faire si votre enfant bégaie ?

Le bégaiement peut avoir un impact majeur sur le développement de l’enfant. Pourquoi un enfant commence-t-il à bégayer et comment pouvez-vous y remédier ? Le Dr Sofie Vanderoost vous donne des informations et des explications dans son livre EHBK.

Combien de personnes bégaient ?

  • 1% de la population bégaie.
  • Selon diverses études, près de 4,2% de la population sera gênée par des bégaiements pendant au moins 6 mois.
  • Le bégaiement est héréditaire dans 25% des cas.
  • Le bégaiement touche plus d’hommes que de femmes. Chez les petits enfants, le rapport est de deux garçons pour une fille.

 

Qu’est-ce que le bégaiement ?

Le bégaiement est un trouble de la fluidité du langage dans lequel la personne qui parle sait précisément ce qu’elle veut dire, mais n’y parvient pas au moment où elle essaie de s’exprimer. Il s’agit d’un problème complexe et dynamique. La ‘parole’ est le principal moyen de communication sur terre. C’est pourquoi le bégaiement a un immense impact sur le développement social, psychologie, professionnel,… de ceux qui en souffrent. 

Les enfants qui ne parviennent pas à s’exprimer de manière fluide sont souvent victimes de harcèlement. Les enfants qui bégaient ont fréquemment tendance à éviter les autres, à se tenir en retrait et à ne pas prendre spontanément la parole, sauf s’ils se sentent vraiment très bien dans leur peau. Beaucoup souffrent d’un manque de confiance en soi. D’autres par contre deviennent agressifs et récalcitrants, parce qu’ils ont le sentiment d’être constamment la cible d’attaques. Ce sont des vrais bagarreurs de cours de récré.

 

Bégaiement manifeste/caché

1. Le bégaiement manifeste

Par ‘bégaiement manifeste’, nous entendons le bégaiement que vous pouvez voir et percevoir. Il se présente notamment par les répétitions bien connues (ma-ma-ma-matelot), les blocages (p…erdu) et l’allongement de certains sons (ssssssssserpent). C’est ce que l’on appelle le bégaiement primaire. Cette forme se manifeste entre deux et cinq ans.

D’autres phénomènes, tels que la tension musculaire, les tics (secouer la tête, claquer les doigts, cligner des yeux), le recours à des synonymes pour certains mots, la volonté d’éviter certaines situations (par exemple, lever le doigt ou demander une boisson) et l’isolement, sont visibles pour l’entourage de l’enfant. Le bégaiement secondaire se manifeste lorsque l’enfant a conscience du bégaiement primaire et y réagit en fuyant et/ou en se crispant. Ce type de comportement apparaît généralement après l’âge de 5 ans. Avant ce moment, l’enfant n’a pas conscience qu’il bégaie. 

Mais il ne s’agit que de la partie visible de l’iceberg…

2. Le bégaiement caché

La majeure partie de l’iceberg se trouve sous le niveau de la mer. Il s’agit de ce que l’entourage ne voit pas et n’entend pas, mais ce que la personne ressent et pense quand elle bégaie et n’arrive pas à prononcer les mots. La honte et le sentiment d’échec ressentis lorsque la personne voit la réaction des autres à son problème ne doivent en aucun cas être sous-estimés.

 

 

Le bégaiement : apparition et développement

Le bégaiement apparaît fréquemment entre 2 et 5 ans, mais peut très bien se manifester pour la première fois jusqu’à l’âge de douze ans. Passé ce cap, il est extrêmement rare qu’un enfant commence à bégayer. Le bégaiement se développe habituellement progressivement. Parfois, il survient alors que l’enfant parle déjà couramment. Dans la majorité des cas, cependant, il apparaît à un très jeune âge, quand l’enfant développe son vocabulaire et le problème devient visible. 

Certains enfants bégaient peu, d’autres beaucoup. Dans certains cas, ils peuvent ne plus en souffrir pendant des semaines, avant que le problème resurgisse subitement, souvent durant des périodes de stress ou de fatigue.

Normalement, le bégaiement disparaît spontanément pendant l’enfance. Dans un tiers des cas, le problème se résout de lui-même dans un délai de deux ans. La probabilité d’une disparition spontanée est plus élevée chez les filles et chez les droitiers. Dans un tiers des cas, la sévérité demeure très limitée. Dans un tiers des cas par contre, il dégénère en un problème grave, voire un handicap, à savoir en un bégaiement chronique. 

Il est utile de demander de l’aide dès les premiers signes de bégaiement.

 

Avant 5 ans : le bégaiement primaire

L’enfant n’a généralement pas conscience de bégayer. C’est pourquoi le bégaiement secondaire n’est que rare à cet âge. 

Devez-vous entamer une thérapie ? Oui, même si le problème va disparaître spontanément chez 60% des enfants.

Veillez à ce que l’enfant ne remarque rien. En effet, durant cette phase, la thérapie consiste essentiellement à informer et accompagner les parents. L’enfant ne doit pas encore voir un logopède. Vous éviterez ainsi que l’enfant comprenne qu’il y a un problème dans la manière dont il s’exprime et qu’il développe un bégaiement secondaire précoce. 

 

Que pouvez-vous faire de vous-même ?

  • Montrez à l’enfant que vous l’aimez et qu’il est important pour vous. Acceptez-le tel qu’il est.
  • Exprimez-vous avec calme et clairement. Cette attitude est plus efficace que d’inciter l’enfant à parler plus lentement et plus posément. Si vous parlez calmement, votre enfant va probablement calquer votre rythme de lui-même car il n’a pas encore développé son propre rythme de parole. Apprendre à parler posément diminue déjà en soi le bégaiement. Cette attitude est tout aussi importante après l’âge de 5 ans. Parlez à ses frères et sœurs de la même manière. L’enfant qui bégaie ne se sentira ainsi pas visé et n’aura pas le sentiment d’être traité différemment.
  • Concentrez-vous sur ce que l’enfant dit et non sur la manière dont il le dit. Établissez un contact visuel avec lui et essayez de faire preuve de patience de manière aimante.
  • Laissez à l’enfant le temps d’exprimer ses pensées. Laissez-le toujours aller jusqu’au bout de ses phrases.
  • Faites une pause avant de répondre. Laissez à l’enfant le soin de déterminer le fil du discours et réagissez à ce qu’il dit. Ne posez pas trop de questions.
  • Réservez-vous des petits moments pour parler avec votre enfant. Faites-le de manière ludique. Par exemple, demandez-lui de raconter sa journée, de réciter un petit poème... Évitez les stimuli externes, tels que la radio et la télévision pendant ces moments. Faites-le par exemple quand l’enfant est dans son bain ou à table.
  • Informez son enseignant que l’enfant bégaie avant le premier jour d’école ou en tout début d’année scolaire. La plupart des enseignants sont ouverts à la discussion avec les parents. Si ses camarades se moquent de lui à l’école, n’attendez pas trop longtemps avant d’en informer l’enseignant.
  • Essayez autant que possible de sensibiliser votre famille et vos amis/connaissances à la manière de se comporter avec un enfant qui bégaie.
  • Confiez à l’enfant des petites missions : laissez le répondre de lui-même aux questions qu’on lui pose dans un magasin ou au téléphone, ne le faites pas à sa place. L’enfant bègue doit lui aussi avoir la possibilité de faire l’apprentissage de l’indépendance. L’enfant doit apprendre à s’exprimer de lui-même, à réagir de manière assertive et à gérer la critique.

Que faut-il éviter ?

  • Essayez de ne pas corriger l’enfant quand il parle, n’attirez pas son attention sur ses balbutiements et ne l’obligez pas à répéter un mot jusqu’à ce qu’il soit ‘correct’. Cela n’en rendra le fait de parler que plus désagréable et frustrant pour l’enfant. Abstenez-vous également des conseils bien intentionnés tels que ‘réfléchis bien avant de parler’, ‘respire un bon coup’, ‘calme-toi’ ou ‘fais de ton mieux’. Ce n’est pas ainsi que vous allez améliorer sa confiance en soi. 
  • Ne lui donnez pas de récompenses ou de cadeaux quand il ne bégaie pas. Cela ne fera qu’accroître son anxiété et sa frustration. 
  • Les remarques formulées en présence de l’enfant, comme ‘il bégaie à nouveau beaucoup’ sont contreproductives et même un enfant de 3 ans peut très bien les comprendre… Attention ! 
  • Traitez l’enfant de la même manière que ses frères et sœurs, selon les mêmes règles et les mêmes habitudes. Si vous adoptez une attitude trop protectrice à son égard, le jeune bègue n’aura pas suffisamment la possibilité de devenir un adulte indépendant.

 

Après l’âge de 5 ans ou en cas de bégaiement secondaire avant l’âge de 5 ans

Une thérapie chez un thérapeute spécialiste du bégaiement est conseillée si l’enfant bégaie plus de 6 mois ou si vous remarquez que le problème le gêne. 

Un enfant ne se plaindra que rarement de lui-même du fait qu’il bégaie. Divers indices (le bégaiement secondaire) vous indiqueront si l’enfant est ennuyé par son bégaiement ou pas. C’est le cas par exemple si un enfant s’arrête lorsqu’il bloque sur mot, s’il commence à rougir ou s’il vous regarde pour voir comment vous réagissez à son bégaiement.

 

Que pouvez-vous faire ?

  • Gardez tous les conseils ci-dessus à l’esprit. Ils restent d’application. 
  • La réussite d’une thérapie dépend du soutien que l’enfant trouvera auprès de son entourage. Continuez à encourager l’enfant. Le chemin peut être long… 
  • Parlez suffisamment à l’enfant du bégaiement. Recherchez éventuellement du soutien auprès de votre partenaire ou demandez l’aide de votre médecin traitant lorsque vous ressentez de la crainte ou de l’inquiétude. 
  • Veillez à ce que l’enfant retire du plaisir à s’exprimer. Faites de la discussion un moment ludique. Organisez suffisamment de moments de discussion.
  • Faites comprendre à l’enfant qu’il n’y a pas de mal à bégayer. Hochez la tête de manière positive et encourageante, riez de ce qu’il vous dit ou entamez tout simplement la discussion. Même une discussion entrecoupée mérite toute votre attention et est précieuse au sein d’une famille. L’avis d’un bègue est tout aussi important que l’avis de ses frères et sœurs. 
  • Récompensez’ l’enfant lorsqu’il s’exprime correctement, sans pour autant l’amener à penser que le bégaiement est fautif. Souriez lorsqu’il parvient à prononcer une phrase difficile ou faites l’éloge de ses progrès auprès de tiers en sa présence. Faites-le lorsque l’enfant a conscience de bégayer et travaille de manière active à y remédier. 
  • Une intensification du bégaiement est souvent le signe que l’enfant ne se sent pas bien. Tenez de déterminer si l’apparition et l’intensité du bégaiement ne peuvent être corrélés à certains comportements ou à certaines circonstances, comme les disputes, l’absence d’un parent ou une certaine ambiance à la maison. Essayez ensuite (si possible) d’y remédier. 

 

Que ne devez-vous pas faire ?

  • Ne finissez pas ses phrases à sa place et ne vous exprimez pas à sa place. Au sein de votre foyer, tout le monde doit pouvoir prendre la parole. Cela requiert une bonne dose d’énergie et de discipline ! 
  • Ne faites pas comme si l’enfant n’avait pas bégayé, comme si de rien n’était. Les enfants doivent savoir que les adultes entendent qu’ils bégaient. Faites-lui comprendre que vous accordez plus d’importance à ce qu’il dit et au fait qu’il ose s’exprimer plutôt qu’au fait qu’il parle ou pas de manière fluide. 
  • Ne vous voilez pas la face. Parfois, par peur de blesser, certains parents taisent le problème. L’enfant risque d’avoir le sentiment de ne pas pouvoir en parler à ses parents. 
  • Ne faites pas preuve de condescendance et ne prenez pas votre enfant en pitié. L’enfant le ressentira comme un échec.

 

Par le Dr. Sofie Vanderoost – Médecin généraliste